Le mot du porteur de projet sur l’apprentissage de la lecture 2018-06-17T17:03:28+00:00

Le mot du porteur de projet

En France, les méthodes d’apprentissage de la lecture sont obsolètes. Leurs résultats sont par ailleurs médiocres dans les zones sociales les plus défavorisées.

Que peut-on en dire ? L’école d’aujourd’hui continue d’utiliser des méthodes globales ou semi-globales (voire des méthodes phonologiques) issues des années 1960. Sachant bien que les enseignants « conscients du problème », corrigent le « tir » avec des exercices purement « syllabiques ».

Cela est d’autant plus grave que l’apprentissage de la lecture, dans les années 1930-1950, commençait dès la Grande Section de Maternelle. Le Cours Préparatoire finalisant seulement cet apprentissage. Tout le monde savait lire en Primaire (sauf quelques cas particuliers d’élèves qui avaient alors accès à des classes spécialisées). Cela, même si les méthodes syllabiques employées à l’époque, étaient plutôt ennuyeuses et fort peu génératrices de sens.

Ex. : Trouvez donc des mots avec Ra, Re, Ri, Ro, Ru ?

L’exemple le plus intéressant est bien celui de la méthode Boscher véritable « miracle » d’éditeur.

Faites le même travail avec Rou, Roi, Ran, Rau, Ron, Reu, etc. Les mots arrivent tout de suite et avec eux : le SENS, la vie… et une pédagogie active possible !

Aujourd’hui, la Grande Section de Maternelle n’apprend plus vraiment à lire et, beaucoup trop souvent, formate globalement les élèves à la reconnaissance des mots et des formes (le TOUT) plutôt qu’à l’analyse de ses parties.

Problèmes :

  1. Notre cerveau n’est pas global, il est purement analytique. En matière d’apprentissage de la lecture, il faut aller des parties vers le TOUT ;
  2. Nous avons recyclé une zone du cerveau qui nous vient des « Chasseurs Cueilleurs » pour apprendre à lire. Celle-ci s’ouvre vers cinq ans et se referme vers sept. Il nous faut donc apprendre à lire très tôt car plus on apprend tard plus c’est difficile ! C’est là, encore, les avancées des neurosciences avec les IRM en temps réel qui nous apprennent tout cela.
  3. On laisse passer de classe en classe des élèves qui ne maîtrisent pas correctement la lecture et l’écriture… Que peut-on espérer qu’ils fassent, en 6ème de Collège, face à de bons lecteurs ayant un bagage oral plus étoffé et des parents qui aident aux devoirs et à la culture ? D’où les problèmes sociaux qui en découlent, forcément…

D’où, aussi, la montée en puissance des maladies de l’école : dysorthographie, dyslexie, dyscalculie, dys…, etc. Maladies de l’apprentissage que, faute de résoudre à l’intérieur de l’école, nous exportons à l’extérieur pour le plus grand « enrichissement » des professionnels en la matière (psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, etc.).

Pourtant des novateurs avaient montré d’autres chemins d’apprentissage :

  1. Louis Dumas (1776-1744) qui inventa le Bureau du Dauphin pour apprendre à lire aux enfants du Dauphin de France (une sorte d’imprimerie au format « petits papiers ») ;
  2. Freinet en 1930 qui inventa, lui, une véritable, imprimerie scolaire comme il inventa aussi la coopération à l’école et les classes de Découverte dont nous avons bénéficiés dans notre enfance, et pour notre plus grand plaisir.

Pour être clair, « LIRE, lis… Lisons ! », la méthode que nous préconisons, est tout à fait dans cette continuité pédagogique. En effet les jeux de cartes peuvent être utilisé comme les caractères d’une imprimerie pour composer des syllabes, des mots, des phrases. Comme avec le Bureau de Dumas ou l’imprimerie typographique de Freinet, l’Apprenti doit « manipuler » physiquement la langue. Il doit la manipuler de façon concrète et créative (inventive même !) afin de l’appréhender dans toutes ses dimensions comme dans toute sa complexité.

Voici, en photo, les jeux de cartes d’LLL. Du moins les premiers jeux…

Avec les avantages de tous jeux de cartes. Ceux-ci, en effet, peuvent être mis en oeuvre rapidement pour s’adapter à toutes les situations orales et écrites de la langue. Jeux qui peuvent, aussi vite, être ouverts que refermés, en fonction des circonstances pédagogiques et du moment :

  1. La multiplicité des papiers du Bureau de Dumas, en moins ;
  2. La perte des caractères et les contraintes imposées par les encres et les couleurs (stockage, nettoyage, etc.) de Freinet, en moins.

Sans compter la numérisation qui permet de les utiliser en « .Jepg » sur des Tablettes et des Tableaux Numériques Interactifs ou TNI, de plus en plus présents en classe.

Autres problèmes (tout aussi importants) :

  1. Pourquoi avoir différencié (depuis des générations), avec tant de vigueur, l’enseignement de la lecture de l’enseignement de l’écriture (donc de l’orthographe) ? Alors que ceux-ci sont indubitablement liés… comme ils sont étroitement liés au sens, à la compréhension. Soyons clairs, pour apprendre à construire un mur, il faut d’abord apprendre à choisir des pierres puis apprendre à faire du ciment et à assembler ces pierres… sans oublier de creuser les fondations de son ouvrage, mais avant ! Et le faire souvent.
  2. Pourquoi, dans l’apprentissage de la lecture, ne pas tenir compte d’une analyse de la langue. Analyse qui permet de mettre chaque difficulté à sa vraie place afin que l’Apprenti comprenne ce qu’il écrit en français ?

Ce qui est son est SON (80 % de la langue), ce qui est sens est SENS (20 % de la langue) et ce qui est historique (morphologique) est… tout simplement HISTOIRE de la langue (ce sont les traces grecques et latines que nous connaissons tous).

Nina Catach, Maître de Recherches au CNRS a expliqué et démontré tout cela dans les années 1985, c’est le plurisytème.

Le plurisystème est une analyse de la langue qui explique le fonctionnement interne de celle-ci (un peu comme on pourrait expliquer le fonctionnement d’un moteur thermique en expliquant le rôle de la chambre de combustion, des pistons, du vilebrequin, du carburateur et du circuit de refroidissement et leur rapports entre-eux).

Mais le plurisystème, c’est quoi exactement ?

Réponse :

Notre langue est comme un château fort du Moyen Àge. C’est un plurisystème de défenses avec le Donjon qui représente les lettres simples (Ex. : le D, le J, le OU ou le UI c’est [d], [j],[ou] et [Wi]…), la Première enceinte qui représente les lettres complexes (Ex. : le X [KS] ou [gz], le C [K] ou [S], le G [g] ou [j], le S [S] ou [z] ou le T [t] ou [S]…), les Tours, la Herse et le Pont-levis qui représentent les Marques Des Mots Variables (Ex. : Noms ami/amie/amis/amies, Adjectifs grand/grande/grands/grandes et Verbes je marche/tu marches/il marche/nous marchons/vous marchez/ils marchent…) et enfin les Douves qui représentent les Mots Pièges lexicaux et grammaticaux (Ex. : encre/ancre et as/as/à…) dont l’Apprenti devra toujours se méfier.

Chacun de ces systèmes ayant un rôle de défense différent lors de l’attaque du château par les troupes ennemies…

[Représentation très simpliste du plurisystème. Voir le lien ci dessous : https://www.google.fr/search?source=hp&ei=OYItWt_JEpDPsAe_14eYBw&q=plurisyst%C3%A8me+graphique+fran%C3%A7ais&oq=plurisyst%C3%A8me&gs_l=psy-ab.1.0.0l2j0i30k1l2j0i5i30k1.1688.6803.0.9895.13.12.0.0.0.0.349.1589.3j7j0j1.11.0….0…1c.1.64.psy-ab..2.11.1585.0..35i39k1j0i131k1j0i3k1j0i10k1j0i10i203k1.0.MdJocZ2lCMM]

Soyons francs, il n’y a pas d’autre analyse de la langue sur laquelle un pédagogue pourrait s’appuyer…

Aucun pédagogue ne s’est soucié de cela jusqu’à présent. Pas même le Ministère…

Et pourtant ! Savoir que 80 % des « écritures » représente du SON et seulement 20 % du SENS est très important pour l’Apprenti. Apprenti qui est toujours aussi démuni devant les Marques Des Mots Variables autant qu’il est démuni devant les Mots Pièges ou le e caduc des fins de mots (Ex. : table, fenêtre, chaise, histoire, etc…) comme il est démuni devant les lettres muettes en général (corps, temps, fusil, croc, boucher, nerf, doigt, etc.)…

Il est nécessaire de comprendre que nous traduisons trente-six sons… avec vingt-six lettres seulement ? Comment faire ? Cherchez l’erreur ?

« Erreurs » que nos copistes au cours du temps ont corrigées à leur manière.

Mais bien sûr, vous avez compris !

Ce que nous voyons ne se lit pas obligatoirement et ce que nous entendons ne s’écrit pas forcément.

C’est bien là, la grande difficulté de notre langue qui n’est pas « phonologique » contrairement à l’espagnol, au croate ou à l’italien.

Notre langue est un système complexe : elle a une histoire et cette histoire est grecque et latine (entre autres). Du moins pour ses origines…

François-Philippe Vayssettes,
Instituteur,
Porteur du Projet.